samedi, novembre 04, 2006

 

Dix jours à Pyongyang

Témoignage d'une expatriée française

Je travaillais à l'époque (début 90's) au sein d'une entreprise du secteur bâtiment. Mon patron et son équipe pilotaient un projet en Corée du Nord. Quand je suis arrivée, l'équipe s'apprêtait à emmener le dossier complet des plans de construction à Pyongyang. Il m'a été proposé de les accompagner pour la négociation de contrats particuliers. A Pyongyang, une équipe chantier était déjà sur place. Sa mission consistait non pas à superviser les travaux mais à aider les coréens à construire le bâtiment.

Quand je suis arrivée là-bas, ma première impression a été une sensation de faire un saut de 50 ans en arrière. J'ai été surprise tout d'abord de voir des femmes balayer la route pendant qu'on nous véhiculait jusqu'à Pyongyang. Les rues de la capitale étaient vastes et vides. Pas de magasins mais beaucoup de représentations de Kim Il Sung. Pas d'animaux. Et puis, ce que j'ai réalisé beaucoup plus tard, je n'ai rencontré aucune personne âgée. Nous avons été très bien reçus malgré quelques problèmes de logistique (pas d'eau car celle ci n'était disponible qu'en fin d'après-midi ... et de couleur douteuse). Nous n'étions pas autorisés à sortir seuls. Nous restions dans notre logement.

Il existait trois sortes de monnaies : le won pour les nord-coréens, le won pour les "amis communistes" et le won rouge pour les "capitalistes". Les achats étaient très limités.

Quand nous sommes arrivés sur le site de la construction, nous avons constaté que nos amis coréens coulaient le radier (fondations).... à la brouette. Ils n'avaient pas de matériel. Je me souviens m'être étonnée à haute voix de la présence de femmes poussant ces brouettes de béton. Le lendemain, curieusement, il n'y avait plus de femmes.

Nous avons reçu un très bon accueil. En revanche, je me suis sentie mal à l'aise à plusieurs reprises : Par exemple, nous avons été conviés à un repas "américanisé" avec hamburgers et j'ai appris par la suite que ce que j'avais mangé correspondait à un mois de salaire pour un ouvrier. Nous avons été invités au Cirque. Beaucoup de numéros d'acrobatie. Un numéro de clowns et bien que je ne connaisse pas la langue coréenne, j'ai rapidement compris que l'on se moquait des américains et des japonais (une fable en quelque sorte mettant en scène un gentil coréen, un méchant japonais et un vénal américain).

Nous avons visité le métro de Pyongyang. Je suis convaincue que c'est un abri anti-nucléaire. J'ai remarqué avec des collègues la présence de sas très épais après une très profonde descente en escalator.

Les coréens sont très fiers de la reconstruction rapide de la ville de Pyongyang après la guerre de Corée. Il faut dire que la ville avait été rasée par les bombardements. Toutefois, mon patron m'a dit que le béton est de très mauvaise qualité. Je me souviens qu'il m'a dit également que le jour où il y aura un tremblement de terre à Pyongyang, il y aura un nombre incalculable de morts. Parallèlement à notre chantier, les coréens ont entamé la construction d'un hôtel de 105 étages. Cet édifice est aussi haut que la tour Eiffel. Ils ont terminé le gros oeuvre en moins d'un an. Certains hôtels sont construits à quelques centaines de mètres d'une faille malgré les mises en garde. Pyongyang est une zone sismique.

Mes collègues ont visité une carrière de marbre. L'un d'eux m'a rapporté que la population a été très étonnée de la présence d'occidentaux. Selon lui, c'est la première fois qu'ils en voyaient depuis la fin de la guerre. Il m'a dit avoir été choqué de remarquer dans quelles conditions les gens travaillaient. Il a vu un ouvrier piocher pour dégager un gros bloc de marbre en haut d'une colline. En contre-bas, des femmes et des enfants travaillaient. Soudain, l'ouvrier a agité les bras car le bloc s'est détaché brutalement et a dévalé la colline provoquant la panique. Mon collègue a vu cette scène depuis la voiture qui l'emmenait à la carrière. Arrivés au village, il a constaté la présence d'un grand nombre de photographies sur un mur (hommes, femmes, enfants). Il a dit à l'interprète : ce sont les morts de la carrière ? et l'interprète a répondu "non ce sont des médaillés du travail".

Chaque matin, nous étions réveillés aux aurores par la propagande. Des véhicules circulaient dans la capitale avec des haut parleurs hurlant. Nous étions en novembre. Et c'était la récolte du kimshi (sorte de chou). Des camions bennes venaient déverser des tonnes de kimshi dans les cours intérieurs de la capitale. Chaque coréen venait piocher sa provision pour l'hiver et la déposait sur son balcon.

J'ai remarqué que le soir à Pyongyang, les coréens aiment s'asseoir par terre en cercles pour discuter.

Il y avait des journaux coréens traduits en français à notre disposition. L'un d'eux contenait un article qui accusait les Etats Unis d'être à l'origine du Sida. Tous nos expatriés devaient apporter la preuve de leur non séropositivité pour obtenir leur visa.

J'ai eu beaucoup de mal à apprendre à dire bonjour et merci. Anyeungsimnika et Kamsaamnida (phonétique).



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