jeudi, juillet 07, 2005

 

Sursauts d'une nation hermite

Los Angeles Times, 3 juillet 2005

Sa journée commence à 4h30 du matin. Le professeur de mathématiques de 64 ans à la retraite ne possède pas de réveil, ni même de montre, mais son horloge interne, qui l'a gardé vivant alors que nombre de ses compatriotes sont morts de faim, lui dit qu'il ferait mieux de sortir cueillir un peu d'herbe si'il veut faire survivre sa famille. Bientôt les rues de sa ville, Chongjin, grouilleront de personnes faisant la même chose. Certains cuisent l'herbe pour la manger. Le professeur la donne aux lapins que sa famille va vendre au marché. A 10h, il prend un modeste porridge de maïs. Un petit déjeuner tardif leur permet, lui et sa femme, de sauter le déjeuner. Ensuite il se rend en forêt muni d'une hache pour ramasser du bois de chauffage. Il doit marcher pendant deux heures depuis Chongjin, en montée, pour trouver un lopin qui n'ait pas été déjà rasé."Il n'y a pas de temps pour le repos. Si tu t'arrêtes, tu ne survis pas" dit le professeur, un homme maigre à la voix douce et aux cheveux gris poivre, qui pourraît être décrit comme élégant si ce n'était pour ses pantalons usés et ses ongles striés par une malnutrition chronique. Plus tard, si c'est un des rares soirs où il y a l'électricité, il s'autorisera une lecture de Tolstoy. Le plus souvent, il s'écroulera pour quelques heures de sommeil avant que la routine ne recommence pour une nouvelle journée. Ainsi se joue la survie en Corée du Nord, un pays appauvri qui est le plus renfermé sur lui même du monde.



<< Home

This page is powered by Blogger. Isn't yours?